À La Rencontre de Fériel Berraies Guigny « La passion de la justice ! »

Par le 10 septembre 2015

shinymen-Fériel_Berraies_Guigny-couvAncienne diplomate tunisienne, chercheur en sciences sociales et journaliste, Fériel Berraies Guigny s’intéresse depuis de longues années à la cause des enfants et des femmes en Afrique.

Établie depuis 2003 en France, elle a dirigé un magazine panafricain féminin international. Militante associative, elle fonde en 2011 « United Fashion for Peace », avec pour objectifs de soutenir les femmes de sa région, de promouvoir la culture, et d’œuvrer pour la paix et le mieux vivre ensemble du Nord au Sud.

Qui est tu Fériel ?

Je suis une femme arabe et africaine, musulmane et méditerranéenne. Je suis une femme du Monde, à cheval entre les cultures, une femme éprise du beau, de l’humain. Avec une certaines idées des valeurs humaines et de la justice. Mon prénom signifie « justice » et mon coté entier me fait ignorer la demi mesure, je suis tout et son contraire. Moi, soit on m’adore, soit on ne m’aime pas ; tout ce que je fais, je le fais du fond de mes tripes. Mon côté perfectionniste et sélectif, vient de l’éducation que j’ai eu de mes parents, qui étaient hyper exigeants avec moi et mon frère jumeau. On m’a toujours enseigné à me surpasser.

Touche à tout, curieuse, ouverte et multifacettes, je vis mes passions et je suis très exigeante et intransigeante quand je m’attelle à un projet. J’ai eu un parcours atypique qui va de l’académique, avec la criminologie et les sciences sociales, à la diplomatie que j’ai exercée pendant cinq ans au Ministère des Affaires Etrangères à Tunis. Puis j’ai décidé de tout abandonner pour suivre l’homme de ma vie et m’installer en France.

Une seconde vie où je suis venue au journalisme par hasard et qui s’est transformé en passion. Je crois au destin, à ces hasards qui vous font revenir aux choses qui comptent. Ma vie et mes carrières sont en fait la conséquence des constantes remises en question auxquelles j’ai été confrontée. Journaliste, ancienne mannequin, chercheur spécialisée sur les enfants et la guerre, le militantisme associatif ensuite, tout cela a un lien.

Aujourd’hui je publie mes deux ouvrages aux Editions l’Harmattan « Enfance et Violence de Guerre ». Cela est sorti alors que j’étais en vacances à Hammamet la mi août.

Un combat de longue haleine ?

Oui une idée et un projet que j’ai eu déjà quand j’étais stagiaire aux Nations Unies aux Tribunaux Pénaux Internationaux pour l’Ex Yougoslavie et le Rwanda ( les années 90). A l’époque je finissais ma criminologie et mes deux DEA en France et en Tunisie et je voulais m’initier aux relations internationales et au droit humanitaire. Quand j’ai intégré mes deux postes au sein du service information et Victim et Withness unit des Tribunaux ( c’était le 1er anniversaire des génocides ) je ne savais pas que « la veuve et l’orphelin » allaient être le combat de ma vie…

Mais ce que j’ai lu, appris et compris, m’a profondément marquée, mes ouvrages sont le fruit d’une recherche doctorale mais aussi d’une réflexion qui a muri avec moi en grandissant.

Quel est ton rapport avec le reste du continent africain?

Je suis africaine, mon pays la Tunisie s’appelait « Africa » du temps de l’empire proconsulaire romain ; mais ce sont les six années en Afrique de l’Ouest quand mon papa était ambassadeur à Dakar et les pays limitrophes qui m’ont le plus marquées. J’y suis retournée presque 30 ans après dans le cadre de mes fonctions de rédactrice en chef du magazine panafricain que j’avais crée (New African Woman, devenu Femme Africaine). Et c’était un pèlerinage super émouvant pour moi, mais je n’ai plus rien reconnu de l’Afrique de mon enfance. L’urbanisation galopante, le vert qui a disparu ; mais les sons et les couleurs sont toujours les mêmes et encore aujourd’hui, l’Afrique noire me manque et je la regrette chaque jour. J’y compte des amis et des souvenirs impérissables. La panafricaniste que je suis continue de militer entre ces deux « Afriques » qui se connaissent mal. Je continue ce combat au travers de mon association UFFP, Caravane de mode éthique et webzine. Je programme de jolis évènements et nous communiquons gratuitement sur les artisans qui ont une approche durable dans le Continent.

Avec le printemps arabe beaucoup a été ebranlé dans mon pays, et dans le Continent, et mes combats ne sont qu’une petite caisse de résonnance mais je fais tout pour essayer de ne plus subir les aléas géopolitiques et économiques de ma région. Le changement viendra encore et toujours des femmes des jeunes et de la société civile, j’en suis convaincue !

Parle-nous d’UFFP et de toutes tes autres activités ?

UFFP est née du désespoir des peuples de ma région et du Sahel avec l’avènement du printemps arabe. Ce formidable sursaut historique, qui progressivement est devenue une longue traversée du désert. Ce séisme politique a été la cause de ma propre « précarité professionnelle » en France, puisque l’édition Maghreb de NAW avait été arrêtée car jugée peu rentable et que lentement la ligne éditoriale changeait pour devenir plus superficielle, plus commerciale. Tous ces évènements m’ont poussée à prendre mon destin en main, ne plus subir et j’ai donc décidé de rebondir. Ma résilience d’alors, s’était aussi transformée en « créativité » je me devais de continuer à écrire pour les femmes de ma région, qui tombaient sous une « autre forme de dictature obscurantiste ». Je voulais créer une « initiative » qui serait universelle, altermondialiste, qui fasse le lien entre les peuples du Monde. Qui redonne confiance aux opérateurs économiques du Nord, pour qu’ils continuent d’investir dans nos pays du Sud. Et le reste n’est plus que littérature, UFFP UNITED FASHION FOR PEACE devient une marque déposée à l’INPI

La naissance d’Enfance et Violence de Guerre après plus de six ans de recherches, les lenteurs bureaucratiques, les défis éditoriaux aussi, enfin voilà mes deux autres jumeaux après mes enfants !

Et je voudrais dédier ces livres à tous les enfants du monde, les victimes, les réfugiés, les enfants en souffrance manipulés par les guerres des grands et je pense particulièrement à ceux qui sont des dommages collatéraux comme le petit « Aylan » le petit ange syrien échoué sur les plages de Turquie car personne n’en voulait !

Je voudrais dire aux gouvernances de prendre leur part de responsabilité et aux pays d’acceuil de ne jamais oublier leur part d’humanité !

Et ultimement, un merci à mon époux et à ceux qui ont contribué à ces essais, qui ont très éprouvants psychologiquement pour moi, étant maman de petits enfants, d’écrire sur cette thématique c’est terrible.

Merci à ceux qui y ont contribué aux préfaciers. Julien Lauprêtre Pdt du Secours Populaire Français, ONG apolitique que je soutiens depuis toujours, à mon ami Gus Massiah économiste et altermondialiste.

A l’ONG ECHOS communication Belgique et à Muna le directeur d’une ONG au KIVU en RDC qui dés embrigade les enfants soldats pour sa collaboration et son témoignage ainsi que pour les ex enfants soldats qui ont parlé de leur histoire.

A BIG THANK YOU TO my american friend, great reporter at Large Keith Harmon Snow for the beautiful pictures he gave us for our two covers for my two books Children and War violence Part I and Part II.

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Donne-nous une anecdote sur ton travail. Une anecdote qui t’a marquée ?

J’ai toujours été une personne créative, avec pas mal de ressources psychologiques et zéro ressources pécuniaires, 2013 a été terrible pour moi et j’ai profondément souffert, de voir que moi aussi « je n’étais qu’une statistique sacrifiée » sur l’autel des entrepreneurs « capitalistes » qui vous exploitent jusqu’au bout, jusqu’au jour,où ils veulent passer à autre chose. Oui cela arrive aux « autres » mais aussi à nous et c’est une réalité qui nous hante et qui nous poursuit continuellement. C’est la réalité de nos sociétés modernes, où le profit reste la seule religion. J’ai décidé de créer un autre modèle et c’est UFFP. Mais le chemin a été long, difficile, semé d’embuches, nous avons été les dommages collatéraux de la situation géopolitique de la région, nous devions d’abord défiler dans les pays arabes, mais paradoxalement, nous ne l’avons jamais fait !

Une première déprogrammation du Maroc à une semaine près, à cause des attentats sur Marrakech, ensuite l’Egypte où nous devions défiler « les frères musulmans » ont considérés que l’on était pas « halal » bref, des choses qui nous dépassaient amplement. Et un jour, une rencontre, un déclic, l’intelligence, l’engagement d’un homme que je n’oublierai jamais, à l’époque Secrétaire Général de l’Association pour l’Education en Afrique, un homme pour lequel je voue un profond respect … Et voilà « Education for Peace » notre première aventure au Burkina Faso !

Quel est ton moteur pour faire tout ça ?

L’énergie du désespoir, l’envie de pouvoir contrôler les choses, de ne plus subir, une culture, une politique, une situation économique. Notre plus grande liberté, est de choisir notre liberté, quel qu’en soit le prix et surtout, de ne jamais trahir ses idéaux !

Evolution plutôt positive ou négative de ton travail, environnement (mode, journalisme) ? Pourquoi ?

Les médias, la communication, l’édition, sont des métiers moribonds, avec la technologie, la gratuité, la venue des blogs, et toutes ces personnes qui s’improvisent « journalistes »

Tes luttes, tes engagements d’où ça te vient ? Qui/ quelle est ton inspiration ?

Sans aucun doute la kenyane Wangari Maathai la prix Nobel de la Paix et altermondialiste, paix à son âme qui a lutté contre la dictature dans son pays et a initié la campagne « planter un arbre » pour lutter contre la déforestation dans le monde. Je l’avais interviewé et cela fait partie de mes plus belles interviews. Mais également Mahatma Gandhi et Nelson Mandela pour leur grande sagesse et courage et leur non violence dans un monde ultra violent et enfin feu Habib Bourguiba notre premier Président, lui qui a tout donné à la femme tunisienne de ma grand mère à nous aujourd’hui. Trois hommes qui me nourrissent continuellement !

Une chose qui te révolte le plus dans ce monde et pourquoi ?

La cupidité, le manque d’empathie, l’individualisme, le manque d’éthique, dans nos rapports de tous les jours. Et sur une plus grande échelle, le fait que les populations soient continuellement les otages de sordides complots géopolitiques entre les grandes puissances. Marre de voir que les femmes, les enfants, les plus démunis, sont encore et toujours, les victimes de toutes les guerres humaines justifiées ou pas. Marre de voir que la justice est continuellement pour les nantis. Marre de voir la montée des populismes et de l’extrémisme et de voir que les religions deviennent des boucs émissaires de certaines mouvances liberticides. Marre de voir que l’Afrique reste encore convoitée et qu’aucun plan Marshall ne lui a été octroyé pour espérer se relever. Marre de la perte d’humanité, marre de voir notre planète saccagée. Je suis révoltée au fond de notre fatalisme qui nous fait devenir passifs et couards !

Ce que tu souhaites cette année ?

Changer de vie, m’ouvrir à de nouvelles choses, avec les nouvelles formations en médecine douce que je vais entamer pendant trois ans.

Revenir encore plus qu’avant, à l’essentiel c’est à dire l’homme et la nature. Cultiver la « zenitude » pour protéger ma santé, mise à mal par tous mes combats. Voir mes enfants grandir heureux, voir tous les enfants de la terre grandir heureux et safe !
Continuez le combat d’UFFP et le déléguer à la nouvelle génération qui a intégré la plateforme.

A propos de Slimen Toumi

Fondateur du magazine Shinymen.com

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