À la rencontre de Mr Mohamed Zinelabidine (Directeur du Festival International de Carthage)

Par le 30 juin 2016

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Le Magazine Shinymen.com est allé à la rencontre de Mr Mohamed ZinelabidineDirecteur du Festival International de Carthage, lors de la conférence de presse du Festival de Carthage 2016, qui a eu lieu le mardi 28 Juin à la cathédrale Saint-Louis de Carthage (Acropolium de Carthage), Tunisie.

Shinymen – Qu’en est-il du spectacle d’ouverture de la 52ème édition de ce festival

Mohamed Zinelabidine : L’ouverture de la 52ème édition du festival est nationale à vocation internationale. Nous n’avons pas programmé un orchestre pour le montrer, mais une production dans laquelle nous tenteront de démontrer ce dont nous sommes capables de faire en collaboration avec les meilleurs musiciens du monde. Rachid Koubaa fait un excellent travail, au niveau de l’ensemble orchestral de Tunisie. Nous avons sélectionné les meilleurs de ses musiciens pour la formation d’un groupe international tuniso-ukrainien sous la direction du grand chef d’orchestre Vladimir Sheiko. Ce qui me rend encore plus enthousiaste c’est que ce même orchestre se produira au festival International d’El Jem, ce qui confirme que le Festival de Carthage ne porte pas une localité, du moins pour moi, mais un engagement pour le pays dans son intégralité. C’est un concert référentiel qui s’inscrit dans un programme universel reconnu par le monde entier pour sa rigueur artistique et son excellence. 15 ans après sa création, le Chœur de l’Opéra de Tunis montera se produira sur la scène de Carthage et accompagnera Lotfi Bouchnak dans un nouvel arrangement de l’hymne national tunisien, un travail qui ne manquera pas de donner des frissons à tous les Tunisiens.

Shinymen – Pourquoi Lotfi Bouchnak ?

Mohamed Zinelabidine -Le choix de Lotfi Bouchnak obéit au critère de la qualité et de l’excellence car il s’agit bien d’une soirée de grande facture artistique. Lotfi Bouchnak est un artiste de grande facture musicale reconnu à l’échelle du monde arabe qui est capable de s’inscrire dans une dimension internationale et universelle en interprétant des airs d’opéra. Lotfi Bouchnak est celui qui a chanté les livrets universels avec Adem Fathi. Nous avons donc trouvé un corpus que nous pouvons présenter dans ce sens-là. Haithem Hdhiri, Hend Ben Chaaban, sur lesquels j’aurais pu miser sont présents dans un autre espace du festival en l’occurrence La Basilique St Cyprien.

Shinymen – Comment peut –on lire la programmation de cette édition ?

Mohamed Zinelabidine -La 52ème édition propose des artistes de grande facture artistique connus et reconnus à travers le monde. Dans cette programmation il y a de l’exigence, du spectaculaire et une idée derrière chaque spectacle. En ce qui concerne la dimension internationale, Outre l’orchestre de la Radio d’Ukraine avec son célèbre chef d’orchestre, cette édition propose, le célébrissime artiste Jason Deluro qui fait partie des Top 10 des meilleurs chanteurs au monde. Sa présence à Carthage dans le cadre d’un grand show est un ajout important pour le festival et pour la Tunisie dont l’image a beaucoup souffert durant ces dernières années. Ce spectacle sera l’occasion de la plus belle démonstration de la force technologique, musicale, vocale, chorégraphique et scénique. De fait, ce concert devient hautement culturel.

Madiba le musical est une comédie musicale théâtrale sur l’histoire de Nelson Mandela qui va s’inscrire dans l’idée de vouloir parler de Nelson Mandela, l’homme et le militant par la scène qui peut elle aussi en témoigner comme l’ont fait le cinéma, le théâtre… Si cet étalon d’art et de création, avec l’ensemble de son référentiel, servirait comme modèle d’inspiration aux créateurs tunisiens cela donne toute la justification à sa programmation à Carthage.
Maitre Gims est incontestablement un très grand chanteur très actuel en ce moment et qui a tout un univers qui lui est singulier.

Shinymen – Nous avons remarqué la présence de beaucoup de stars arabes ?

Mohamed Zinelabidine -Nous avons accordé une importance particulière à la dimension arabe et maghrébine du festival, à travers la programmation d’artistes de grands envergure à l’instar de Khaled qui est l’une des figure emblématique du mouvement musical algérien Rai, qui a conquis le monde. Kahled est une valeur sure qui fascine toutes les catégories du public. Samira Said est une autre valeur sure de la musique marocaine. Sa présence à Carthage, au-delà de son art et de son côté arabe, Melhem Baraket, fait partie de la grande Rahabani et qui a évolué pour s’imposer comme une incontournable du monde musical arabe. Idem pour Kadhem Saher qui a interprété les poèmes des plus grands poètes arabes à l’instar de Nizar Kabani. Najoua Karam, quant à elle possède en Tunisie un public inestimable dont la présence lors de cette soirée débordera des gradins. Saad Lejarred est l’une des figures qui représente le mieux la nouvelle tendance de la musique marocaine. Cette programmation répond donc à une double exigence : celle de la qualité et de la représentativité.

Shinymen – Qu’est-ce que vous avez réservé pour les jeunes ?

Mohamed Zinelabidine – Les jeunes ont bénéficié lors de cette édition d’une grande soirée qui leur est spécialement dédiée à travers la programmation de l’emblématique Low Deep T. Nous sommes conscients qu’il s’agit d’un spectacle de masse mais nous l’avons programmé car le divertissement est un droit légitime pour les jeunes et nous nous devons de respecter ce droit sans tomber dans l’élitisme. Low Deep T qui a d’ailleurs tourné son clip à Sidi Bou Said est un mai de la Tunisie et nous nous devons de promouvoir ce qu’il a fait à Tunis pour le bien de la Tunisie.

Nous avons programmé Tiken Jah Fakoli qui s’inscrit dans le registre de la contestation politique ce qui prouve si besoin est l’importance de la dimension culturelle et intellectuelle dans la programmation de cette édition. Nous savons pertinemment que les expressions culturelles sont porteuses de messages parfois très profonds comme c’est le cas du reggae. Mais nous sommes dans un festival qui doit divertir les spectateurs, c’est pourquoi nous avons tenu à prendre en considérations l’ensemble de ces facteurs dans la programmation.

La Tunisie compte beaucoup de défenseurs de la musique underground et de la musique alternative, ce qui justifie leur présence dans la programmation qui doit impérativement être à l’écoute des changements qui s’opèrent au niveau de la rue et au niveau de la grande scène et éviter tous les a priori et les idées reçues.

Shinymen – Qu’en est-il de la dimension nationale de la programmation ?

Mohamed Zinelabidine -La dimension nationale de la programmation est nettement souligné par le spectacle du 25 juillet sous le thème « Ouhebbou Al Bilad » avec la troupe nationale de musique, et en deuxième partie, Nasreddine Chebli un jeune porteur d’un très beau message et qui présentera un spectacle musical sur le répertoire populaire : « Fellaga » Une belle démonstration de la réconciliation de la Tunisie avec une partie de son histoire propre, ses racines africaines, maghrébines…

Toujours dans cette dimension, nous avons programmé une soirée en hommage à Dhikra Mohamed qui est l’une des plus belles voix tunisiennes et qui a fréquenté les personnalités arabes les plus importantes. Elle aurait eu 50 ans cette année. Je crois qu’une culture sans mémoire, sans gratitude, sans reconnaissance n’est pas une culture. Lors de cette soirée des chanteurs tunisiens chanteront avec l’égyptien Mohamed Hilou les plus belles chansons de Dhikra en hommage à sa mémoire et en reconnaissance avec son talent dans un spectacle produit par le grand musicien tunisien Abderrahmane Ayadi qui a suivi Dhikra dans son parcours artistique en lui composant plusieurs de ses titres. C’est un concert en hommage à une partie de la tradition musicale tunisienne.

Carthage accueillera Zied Gharsa dans un concert spécial au cours duquel notre grand artiste présentera pour la première fois une nouvelle Nouba Tunisienne qu’il lui-même composée. Zied Gharsa accueille lors de son concert l’artiste tunisienne Dorsaf Hemdani.

La dimesion nationale de la programmation est également soulignée par la présence de Saber Rebai dont la notoriété dépasse le cadre national qui chantera dans un concert célébrant la fête nationale de la femme. Pour la clôture nous avons parié sur un jeune talent très prometteur en l’occurrence Yosra Mahnouch dont la voix est d’une qualité parfaite.

Il s’agit donc d’une édition où le pari a été porté sur des jeunes compétences artistiques au talent déjà confirmé à la qualité incontestable à vocation arabe et internationale.

Shinymen – Pourquoi pas Sofia Sadok, Amina Faket… ?

Mohamed Zinelabidine -Nous avons contacté les artistes cités et d’autres encore. Ils ont tous exprimé leur désir de remonter sur la scène de Carthage. Ils travaillent tous sur de nouveaux projets qu’ils présenteront lors de la prochaine session. J’ai parlé avec Soufia et avec Amina à propos de leur participation et je suis heureux d’annoncer leur retour à Carthage en 2017 par un travail tout à fait nouveau digne de leur grand talent et notoriété. Le choix de Yosra Mahnouch est en fait un choix porté sur la jeunesse, l’avenir et sur le désir ardent de la réussite. Le passage de Yosra Mahnouch dans les télévisions arabes avec une réussite incontestable doit être relié par un travail national. Qui d’autre que le festival de Carthage qui doit jouer le rôle de tremplin pour que nos jeunes talents rayonnent sur le plan arabe et international.

Shinymen – Vous parlez de grande scène en parlant de Carthage. Pourquoi ce qualificatif ?

Mohamed Zinelabidine -La grande scène est celle du théâtre antique de Carthage qui peut contenir plus de 8000 spectateurs par soirée contrairement aux autres scènes. Le festival de Carthage ne doit pas proposer des œuvres ou des artistes qui ne sont pas en rapport avec cette grande scène. Des concerts devant des chaises vides, ce sont conseillés ni pour les artistes ni pour le festival, d’autant plus que le festival coute de l’argent au contribuable. Le festival de Carthage c’est 50 mille dinars par soirée. Pour moi il est hors de question de me lancer dans des aventures hasardeuses.

Shinymen – Qu’en est-il de la programmation à la Basilique St Cyprien

Mohamed Zinelabidine -Il s’agit en fait des nouvelles tendances de la musique tunisienne et des artistes porteurs de projet novateur. Nous n’avons pas pu programmer toutes les tendances faute de temps et de moyens car elles sont nombreuses comme les demandes de participation d’ailleurs. Mais le plus important c’est de se mettre d’accord sur cette idée de St Cyprien pour la, musique novatrice, concept d’autant important car la musique ne peut évoluer sans un perpétuel renouvellement. Cyrine Ben Moussa qui se produira avec des artistes étrangers donne l’esprit de cette démarche qui tend à promouvoir la musique tunisienne tout en l’inscrivant dans un registre international. Nous ne cherchons pas l’enfermement mais plutôt l’échange et le rayonnement sur l’extérieur. On est loin de l’idée coloniale colportée par les expositions universelles où les cultures sont figées objets de voyeurisme et sont présentées comme de vulgaire marchandises.

Nous ne cherchons pas à appeler les autres à venir nous voir mais de leur montrer ce dont nous sommes capables en participant à l’enrichissement de la civilisation universelle par notre génie créateur et notre sensibilité et notre intelligence. La Tunisie est en ébullition créatrice et ces projets ont besoin de temps et d’espace pour s’accomplir et c’est à nous de leur donner la chance d’aboutir. Khaled Ben Yahia, Haithem Lahdhiri qui est clé d’or en France vont se produire avec de grands artistes étrangers, avec la participation du maestro Hafedh Makni, et de Samir Ferjani qui va accueillir le grand orchestre de Damas. Carthage est par conséquent le cadre du consensus et non pas de la rupture et c’est ce qui lui confère cette dimension stratégique qui profite à la culture nationale et aux artistes sans exclusive aucune qui ont tous le droit d’être programmé à Carthage. St Cyprien est donc un espace permettant aux artistes tunisien de défendre leur identité musicale et leur projets aussi singulier soient-ils et de se faire connaitre en Tunisie et ailleurs à l’instar de Mohamed Ali Kammoun pour le Jazz, Chadi Garfi dans le registre d’opéra, Cyrine Ben Moussa et sa quête andalouse, Yasmine Azaiez, Nawel skandrani pour la chorégraphie avec trois projets que j’ai vu personnellement à El Hamra, Khaled Slama qui me rappelle Khemais Tarnane, Saxofans qui confirment le retour des instruments à vent en Tunisie avec le travail gigantesque de Fakher Hkima, Mouna Laamari et ses rapports avec l’Afrique, Raoudhja Abdallah avec sa voix rare, Amal Cherif, Maroua Kriaa qui va accueillir des artistes du Yemen dont l’un des détenteurs du prix Mohamed Abdou, dans une quête du patrimoine commun, etc. Des artistes hautement formés, mordus par la création et la recherche musicale dont les œuvres sont excellentes et auxquels le festival a tenu à leur réserver un espace idoine qui correspond à la nature de leur travail sans se hasarder à les programmer à la grande scène.

Shinymen – Et les matinales ?

Mohamed Zinelabidine – Carthage c’est aussi les matinales qui s’inscrivent dans le concept de la cité avec l’idée de débattre d’une manière décontracté et autour d’un café des questions relatives à la culture en présence de compétences nationales et internationales. Le débat portera sur tout ce qui concerne les mutations culturelles et intellectuelles de la 2ème République et son adéquation avec la culture et les arts, le rôle des intellectuels et des artistes dans la cité, les problématiques relatives à la femme, la danse et la chorégraphie, le corps en question, les arts de la rue et la culture underground, les problématiques autour du théâtre, de la littérature et de la poésie seront également au programme de ces matinales qui rendront hommage aux grandes figures culturelles disparues dont notre poète national Sghaier Ouled Hmed, Ezeddine Guannoun…C’est en fait une ouverture sur notre environnement car Carthage n’est pas un site mais d’abord un esprit. C’est une ouverture, une continuation, un partage. Ces rencontres se dérouleront à l’espace Agora, Mad’Art Carthage qui également accueillera la pièce Tabba de Raja Ben Ammar, et Violence(s) à Carthage, El Teatro, l’Académie populaire à Sidi H’ssine Essijoumi avec notre partenaire Nasreddine shili , à Ken à Bouficha avec ses installations plastiques et des performances en hommage à Sghaier Ouled Hmed.

Cette programmation s’inscrit dans le concept Carthage hors les murs où l’on compte trois éléments : Les matinales, les concerts suivis par la route de Carthage ce nouveau paradigme qui repose la continuité de Carthage dans le temps et l’espace ouvert sur l’ensemble du pays. L’esprit de Carthage est ouvert et s’inscrit dans la cité et vers la cité à Sbitla, Dougha , l’Acropilumn où se dérouleront la clôture de l’octobre musical de Carthage par le concours des meilleures voix d’opéra de Tunis, les termes d’Antonin…

C’est par conséquent un programme soutenu par une vision sérieuse et responsable culturellement, responsable aussi sur le plan des finances car il ne se permet aucune aventure hasardeuse et légère, et responsable sur le fond, car il tend d’abord et surtout à servir la culture nationale sans aucune exclusion.

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